Budget 2026 — Amélie de Montchalin promet un plan financier rigoureux

Le projet de loi de finances 2026 présenté à l'automne 2025 par la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a fixé l'objectif d'un déficit public ramené sous les 5% du PIB. Plan d'économies massif sur les dépenses, fiscalité des entreprises réajustée, abattement retraités préservé contre l'avis de Bercy : retour sur les arbitrages qui structurent la fiscalité de l'année.

À retenir 🏛️ Le PLF 2026 vise un déficit à 4,7% du PIB contre 5,4% en 2025. Plan d'économies de 22 milliards d'euros, hausse ciblée de la fiscalité du capital sur les très hauts patrimoines, maintien des seuils micro-entreprise, abattement de 10% retraités préservé contre la position initiale du gouvernement, taux d'IS inchangés à 25%.

Le cadre macroéconomique du budget 2026 📊

Le projet de loi de finances pour 2026 a été présenté en Conseil des ministres en octobre 2025. La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, devant la commission des finances de l'Assemblée nationale, a posé un diagnostic franc : la France ne peut plus repousser l'effort de redressement budgétaire. Le déficit 2025 s'est établi à 5,4% du PIB selon les chiffres révisés de l'INSEE, au-dessus des engagements pris auprès de la Commission européenne dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance.

L'objectif du PLF 2026 : ramener le déficit à 4,7% du PIB, soit une économie nette d'environ 22 milliards d'euros sur un an. La cible de 3% du PIB à horizon 2029 a été confirmée. La Cour des comptes a salué dans son rapport préliminaire la "crédibilité accrue" du chemin de désendettement, tout en pointant des hypothèses de croissance "optimistes" (1,4% prévu contre 0,9% pour le consensus des économistes).

Côté dette publique, le ratio atteint 113% du PIB fin 2025. La charge des intérêts représente désormais le deuxième poste budgétaire derrière l'Éducation nationale, devant la Défense. Cette donnée a structuré tout le discours ministériel : "Chaque euro de dette supplémentaire est un euro qui ne servira pas à financer nos hôpitaux, nos écoles, nos transitions" a martelé Amélie de Montchalin lors de son audition.

Les mesures d'économies sur la dépense ⚖️

Le plan d'économies de 22 milliards d'euros se décompose en plusieurs grandes masses. La sécurité sociale porte la moitié de l'effort, avec une révision de l'ONDAM (Objectif national des dépenses d'assurance maladie) à +2,8% au lieu de +3,5% précédemment programmé. L'État central contribue à hauteur de 6 milliards via une réduction des effectifs (4 500 ETP supprimés en net), un gel du point d'indice et la rationalisation de certaines aides aux entreprises jugées peu efficaces par France Stratégie.

Les collectivités territoriales sont mises à contribution pour environ 3 milliards d'euros : baisse de la DGF, encadrement renforcé des dépenses de fonctionnement, conditionnalité partielle des concours financiers à des objectifs de réduction du déficit local. Cette mesure a généré une opposition vive de l'Association des Maires de France (AMF) et de l'Assemblée des Départements de France.

Le reste, environ 2 milliards, provient d'opérations diverses : meilleure lutte contre la fraude fiscale et sociale, rationalisation des opérateurs de l'État, gel des dépenses fiscales (niches) jugées les moins efficaces selon l'évaluation conduite par l'Inspection Générale des Finances.

Le volet fiscal : ce qui change pour les entreprises 💼

Le PLF 2026 ne procède pas à une remise à plat de la fiscalité des entreprises. Le taux normal de l'impôt sur les sociétés reste à 25%, conformément à la trajectoire fixée par la loi de finances 2018. Le taux réduit de 15% sur les 42 500 premiers euros de bénéfices pour les PME éligibles est préservé. Pour les détails du calcul, voir notre dossier Impôt sur les sociétés 2026 : taux et calcul.

Quelques ajustements ciblés : la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises (chiffre d'affaires supérieur à 1 milliard d'euros) instaurée en 2025 est prolongée d'une année supplémentaire, à un taux toutefois réduit (10% au lieu de 20,6%). Cette mesure rapporte environ 6 milliards d'euros au budget de l'État. La CPME et le MEDEF ont alerté sur le risque d'instabilité fiscale qu'elle entretient.

Le crédit d'impôt recherche (CIR) est aménagé : le plafond de prise en compte des dépenses de personnel est resserré, les "jeunes docteurs" voient leur dispositif spécifique réduit. Le coût budgétaire du CIR reste néanmoins supérieur à 7 milliards d'euros annuels. Les seuils des régimes micro-entreprise et auto-entrepreneur sont gelés à leurs niveaux 2025 (77 700 € services, 188 700 € ventes).

Les mesures patrimoniales : entre ajustements et statu quo 📋

Le PLF 2026 contient peu de bouleversements pour le patrimoine des particuliers, mais quelques ajustements significatifs. La fiscalité des plus-values immobilières conserve le barème actuel avec abattements pour durée de détention (exonération totale après 22 ans pour l'impôt et 30 ans pour les prélèvements sociaux). Le régime SCI familiale n'est pas modifié — détaillé dans notre guide Créer une SCI familiale.

La flat tax sur les revenus du capital (prélèvement forfaitaire unique à 30% incluant impôt et prélèvements sociaux) est maintenue, malgré les amendements déposés par plusieurs groupes parlementaires visant à la moduler selon le niveau de revenu. L'amendement le plus discuté proposait un PFU à 35% au-delà de 250 000 euros de revenus du capital — rejeté en commission.

La hausse ciblée annoncée concerne la contribution sur les hauts revenus du patrimoine. Le seuil d'application reste à 250 000 euros (célibataire) et 500 000 euros (couple), mais le barème évolue avec une tranche supplémentaire à 4% au-delà de 1 million d'euros. Mesure de rendement attendu : environ 800 millions d'euros.

Le débat sur l'abattement de 10% pour les retraités ⚖️

Le PLF initial du gouvernement proposait de plafonner l'abattement de 10% sur les pensions de retraite à 2 000 euros par personne, contre 4 321 euros actuellement. L'économie projetée : 1,2 milliard d'euros. Cette mesure a soulevé une opposition unanime des associations de retraités et un débat parlementaire intense. Notre dossier Les députés préservent l'abattement de 10% pour les retraités retrace l'épisode.

Les députés ont finalement voté la suppression de la mesure. Le gouvernement a renoncé à passer en force et a accepté le maintien du dispositif actuel. Bercy a publiquement reconnu que "la séquence parlementaire a fait évoluer la position". L'effort de 1,2 milliard d'euros est compensé par un relèvement de la contribution exceptionnelle évoquée plus haut et par un rendement attendu plus élevé de la lutte contre la fraude.

La lutte contre la fraude fiscale : un pilier du discours 🏛️

Amélie de Montchalin a fait de la lutte contre la fraude fiscale un axe central de sa communication. Le PLF 2026 dote la DGFiP de moyens supplémentaires : 250 ETP créés en net, renforcement du data mining, élargissement de la directive européenne DAC7 aux nouvelles plateformes numériques, accord renforcé avec les juridictions limitrophes pour les échanges automatiques d'informations bancaires.

L'objectif affiché : porter le rendement annuel des contrôles fiscaux à 12 milliards d'euros en 2026 contre environ 10 milliards en 2024. Notre dossier Les 5 cas où un contrôle fiscal est quasi systématique détaille les profils ciblés. Pour les PME, le guide complet du contrôle fiscal est désormais une lecture utile.

Sur le plan international, le PLF transpose plusieurs directives européennes : la directive ATAD3 sur les sociétés boîtes aux lettres, la directive Pilier 2 sur l'imposition minimale de 15% des grands groupes (déjà appliquée depuis 2024 mais avec des ajustements techniques), la directive DAC8 sur les crypto-actifs qui obligera les plateformes à déclarer les transactions de leurs utilisateurs résidents fiscaux français.

L'agenda parlementaire et les arbitrages finaux 📊

Le calendrier d'examen du PLF 2026 a été particulièrement serré. Première lecture à l'Assemblée nationale en octobre-novembre 2025, navette avec le Sénat en novembre-décembre, commission mixte paritaire en décembre, adoption définitive avant le 31 décembre conformément aux délais constitutionnels. Le gouvernement a engagé sa responsabilité sur plusieurs articles via l'article 49.3, mais a laissé un espace de débat sur la partie fiscalité des particuliers.

Plusieurs amendements parlementaires ont survécu : la préservation de l'abattement retraités déjà évoquée, le maintien de l'IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) sans modification de seuil malgré une proposition de bouclier à 800 000 euros pour la résidence principale, l'extension d'un crédit d'impôt rénovation énergétique aux ménages des deuxième et troisième déciles, l'amélioration du dispositif "Loc'Avantages" pour les bailleurs sociaux.

Premier bilan d'application au printemps 2026 ⚖️

Six mois après l'entrée en vigueur, les premiers chiffres remontent. La DGFiP indique un produit de l'impôt sur les sociétés en progression de 3,2% au premier trimestre 2026, conforme aux prévisions. La TVA est légèrement en retrait (-0,8%) ce qui inquiète Bercy sur la dynamique de la consommation. La Cour des comptes a publié en avril 2026 un rapport intermédiaire jugeant "l'exécution conforme" mais notant des "risques sur le second semestre" liés à la conjoncture européenne.

Le déficit prévu à 4,7% du PIB pourrait être tenu si la croissance dépasse 1,2% sur l'année. À défaut, un PLFR (projet de loi de finances rectificative) serait probable à l'automne 2026 pour réajuster les recettes ou freiner certaines dépenses. La trajectoire vers 3% en 2029 reste, pour l'instant, dans les clous officiels.

Questions fréquentes

Le taux d'IS a-t-il changé en 2026 ?
Non. Le taux normal de l'impôt sur les sociétés reste à 25%. Le taux réduit de 15% pour les PME éligibles (chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros et capital détenu à 75% au moins par des personnes physiques ou des sociétés répondant aux mêmes critères) s'applique toujours sur les 42 500 premiers euros de bénéfice. Voir notre dossier complet sur l'IS 2026.
L'abattement de 10% pour les retraités est-il maintenu ?
Oui. Le gouvernement avait proposé de le plafonner à 2 000 euros par personne, mais les députés ont rejeté cette mesure et l'ont préservé sous sa forme actuelle (10% des pensions imposables, dans la limite de 4 321 euros par personne et de 13 130 euros par foyer). Le plafond évolue chaque année comme le barème de l'impôt.
Les seuils du régime micro-entreprise ont-ils été modifiés ?
Non. Les seuils restent fixés à 77 700 euros de chiffre d'affaires annuel pour les prestations de services (BIC et BNC) et 188 700 euros pour les ventes de marchandises et hébergement. La franchise de TVA s'applique jusqu'à 36 800 euros (services) et 91 900 euros (ventes). Au-delà, l'entrepreneur bascule en TVA. Ces seuils sont gelés en 2026, comme en 2025.
La flat tax sur les revenus du capital a-t-elle été modifiée ?
Non. Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30% (12,8% d'impôt + 17,2% de prélèvements sociaux) est maintenu sur les dividendes, intérêts et plus-values mobilières. L'option pour le barème progressif reste possible année par année lors de la déclaration. Les amendements visant à moduler la flat tax selon le niveau de revenu ont été rejetés en commission des finances.

Cet article a une valeur informative et d'analyse journalistique. Il ne remplace pas le conseil personnalisé d'un expert-comptable ou d'un fiscaliste. Sources : projet de loi de finances 2026, Cour des comptes (rapport préliminaire et rapport d'avril 2026), rapport annuel DGFiP, INSEE.